A l’ère où tous les peuples clament haut et fort la démocratie, des chefs d’Etats usent encore de la violence pour garantir la sécurité de leur pouvoir. Pour eux, tous les coups sont permis en politique, pourvu que rien ne déstabilise leur autorité. Des situations qui mettent quotidiennement la vie des citoyens en danger. Premier roman d’Edem Kodjo, “Au commencement était le glaive” est paru aux éditions Table ronde. Publié en 2004, ce roman met un accent particulier sur la mauvaise gestion du pouvoir en Afrique et les conséquences qui en découlent. Guerres fratricides, assassinats, instabilités politique et économique résument la vie de Soumérina, un pays imaginaire dont l’histoire a des similitudes avec plusieurs autres pays africains.

“Au commencement était le glaive” relate l’histoire de Soumérina, une contrée bénie de l’Afrique dont l’immense richesse lui a valu le titre  »Pays aimé des dieux ». Le territoire était dominé par les Hamouris dont le principal chef fut Saloum Check Saleh. Avisé et autoritaire, il déployait toute stratégie pour maintenir Soumerina sous ses ordres. A Hatawari, la capitale située dans le sud du pays, l’abondance et la vie paisible étaient au rendez-vous. Mais avant Saloum Check Saleh, une autre main avait commencé par bâtir le pays avant que la lignée des princes Hamouris ne conquissent cette contrée de rêve par le fer, le feu et le glaive.

Vainqueur, la dynastie sanguinaire des Hamouris dicte désormais sa loi aux Bamounas qu’elle considère comme des sous hommes. Entre Bamounas et Hamouri, c’était une histoire de bain de sang. Ennemis jurés, chacun est prêt à décapiter son prochain jusqu’à l’exterminer à cause du pouvoir. Des décès s’enchaînent. Le nombre de victimes croissait sans cesse. Dans le camp des Hamouris, se trouvait Makalao et Zoumba, deux hommes forts qui sont prêts à aller au bout de leur méchanceté. Du côté adverse, chez les Bamoussas, Chafou le Terrible, roi de la cité, n’était pas prêt à démissionner. Amoureux du pouvoir, des éloges et des louanges, il se sert des médias pour haranguer derrière lui une foule d’hommes et de femmes. Ce fut un éternel recommencement, jusqu’à ce que les deux peuples ne s’effondrent complètement. Parmi les survécus, Fantamattia, la reine qui aspire à une réconciliation nationale.

Gouvernance et violence

Dans Au commencement était le glaive, il s’agit de près de 300 pages de fureur et de violences. L’auteur, Edem Kodjo n’a pas hésité à chaque page du roman à souligner les atrocités entre humains. Massacres, bombes, embuscades tortures, génocide et puits empoisonnés, tout ceci démontre la méchanceté de la race humaine. Le roman s’achève sur une note d’espoir en forme de question : les femmes seront-elles la clé d’une Afrique en paix ?

Les dirigeants africains et l’amour du pouvoir

Les mots forts souvent utilisés, parfois vieillots qui parsème le roman, donne un souffle intemporel à l’ouvrage. Une lecture profonde de l’œuvre fait penser à la tentation génocidaire dans un pays d’Afrique centrale où une tribu minoritaire domine une tribu majoritaire. L’Afrique de l’Ouest n’est pas épargnée. Lorsqu’on se réfère à son histoire, des indépendances à nos jours, on constate dans certains de ses pays, des assassinats, des menaces politiques à outrance, des pertes de vie et l’intention de certains hommes de s’éterniser au pouvoir. Que ce soit l’Afrique de l’Ouest ou l’Afrique centrale ou une autre région, l’auteur a su bien emballer son livre de fiction savamment soignée. Les mots sont bien choisis. Les phrases quelques fois courtes et parfois longues donnent envie de lire jusqu’à la fin.

Edem Kodjo a employé des personnages forts de caractère et autoritaires. C’est l’exemple de Chafou le Terrible, chef des Bamoussas qui est prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. D’un autre côté Makalao, fasciné par les armes. Il s’arrange afin que sa tribu dirige éternellement Soumérina. Ce fût une occasion pour Edem Kodjo de dénoncer le rôle que jouent les médias et la communauté internationale dans la politique africaine.

Les médias ou les marionnettes des hommes politiques

En Afrique, rares sont ces médias qui font preuve d’impartialité. Certains ont tendance à soutenir l’opposition tandis que d’autres sont des marionnettes du gouvernement. Les médias qui sont censés être le relais des sans voix, le porte-parole de l’opinion publique, sont devenus des canaux de transmission de propagandes. Des programmes de longues durées en faveur des hommes politiques sont servis à longueurs de journée aux populations. C’est ce qui s’est passé lorsque Chafou le Terrible fit appel à Watarama, l’homme des médias. Il le corrompit de produire un éditorial en sa faveur, un texte qui fera de lui l’homme fort du moment, le dirigeant le plus valeureux. Or, le journalisme et la corruption ne font pas bon ménage. Beaucoup de médias africains ont les bras liés car ils sont soutenus par des hommes politiques. Ils passent du temps à montrer ce qui va mieux que de révéler au grand public les insuffisances. Or, un média demeure un moyen d’éducation, d’information et un éveilleur de conscience.

Edem Kodjo, auteur et politique

L’ancien Premier ministre togolais et ex-Secrétaire Général de l’OUA, Edouard Edem Kodjo est un véritable athlète de la pensée. Ses œuvres reflètent son vécu et son lourd bagage intellectuel. Homme politique, il écrit plus politique en mettant au grand jour le mauvais fonctionnement des États africains. Au commencement était le glaive en est une preuve. Il est un panafricaniste et croit bien que l’Afrique aura un avenir meilleur si les africains se mettent ensemble pour combattre. Il est décédé le samedi 11 avril 2020, à l’âge de 81 ans, à Paris où il était hospitalisé depuis plusieurs mois, à la suite d’un accident vasculaire-cérébral.

Elisée Rassan

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